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09.06.2006

Des 35 heures chez les "Bibs"

Bonnet d'Ane

A propos des 35 heures, les braises sont encore chaudes chez les salariés de Michelin (article paru dans Le Monde). Les avis divergent. Certains pensent qu'ils y ont perdu et d'autres l'inverse bien entendu.

Le bonnet d'âne revient quand même au représentant du syndicat CFDT Mr Nicolas Clair, je cite  "Certains ont mal vécu le fait que la RTT ne soit pas le fruit d'une victoire remportée sur le patron, mais le résultat d'un compromis. Il y a aussi l'accumulation de petites frustrations. Les congés d'ancienneté ou pour les événements familiaux ont disparu. Certains ont eu le sentiment qu'on leur retirait des acquis sociaux."

Non à priori on pourrait même leur supprimer le dimanche et les congés payés, la CFDT n'aurait pas l'impression d'une perte des acquis sociaux. Drôles d'idées quand même. On pourrait appeler ça dommages unilateraux par exemple. A méditer.

09:00 Publié dans Société | Lien permanent

Commentaires

bin, si, je persiste, même si ça me vaut le bonnet d'ane, je sais que je travaille chez michelin 14 jours de moins qu'avant l'accord 35 heures, mais que j'ai perdu 1 jour de congé supplémentaire tous les 5 ans d'ancienneté, et 1 ou deux jours pour le décès de mes parents que je compte bien garder jusqu'à ma retraite, ou alors n'enterrer qu'une fois chacun. Quand au jour de congé pour communion d'un enfant en semaine, c'était quand même rarement utilisé...

Tout ça pour dire que oui, les mathématiques élémentaires me font soutenir mordicus que notre accord 35 heure en bon chez michelin.

à méditer.

Ecrit par : nicolas clair | 26.06.2006

Bonjour,



Tout d'abord je ne jugeais pas dans mon post si l'accord des 35h chez Michelin était bon ou mauvais : je ne suis pas salarié du groupe. Cependant, à la lecture de l'article du Monde, au demeurant très intéressant à bien des égards, j'ai relevé un certain nombre de choses qui m'ont interpellé ou choqué. Vos propos en font parti. Je vous remercie toutefois d'avoir répondu à cette rubrique et de lancer le débat. A mon tour je justifie le fait d'avoir fait apparaître vos propos sous cette rubrique.



Donc, parmi les choses qui m'ont le plus étonné- car moi aussi je m'applique aux mathématiques et à la logique cela fait parti de mon métier - il y a d'abord cet extrait :



"En nombre d'heures passées derrière la machine, c'est sûr qu'on bosse plus qu'avant", explique Jacques qui travaille depuis vingt-sept ans dans la grande usine de Cataroux. "Nos trente minutes de casse-croûte et nos vingt minutes de pause journalière ont été enlevées du décompte du temps de travail effectif. Les chefs d'atelier font la chasse à ceux qui essaient de grignoter des minutes sur les pauses et les lettres d'avertissement se multiplient."



De là j'en déduis, qu'en terme d'acquis les ouvriers étaient déjà presque au 35h avant la loi Aubry... Pour ce faire je reprends ce qui était compté comme temps de travail effectif 20mn + 30mn cela fait 50mn réparti sur 5 jours = 250mn soit 4h10mn. Oté de 39h on arrive à 34h50. Le presque est relatif je vous l'accorde.



Donc si l'on pousse l'absurde jusqu'au bout on peut prétendre que les ouvriers qui travaillent 35h on fait chacun un cadeau de 10mn. Multiplié par le nombre de salariés du groupe cela commence à représenter une petite enveloppe...



Soit 30.000 salariés en France * 10mn = 300.000mn / semaine. Ramené par jour nous obtenons 60.000 mn soit 1.000 heures / jour. Si nous poussons le raisonnement sur un mois de 21j travaillé 210.000h. Cela représente le travail d'un effectif de 1000/7 soit 143 personnes soit une enveloppe de 2.0MF / 0,3ME de gain par an charges patronales comprises sur la base d'un SMIC. Pour un groupe tel que Michelin 2MF ce n'est pas grand chose. Ce type de réflexion n'est pas sérieux, je vous l'accorde bien volontiers. C'est pourtant sous un angle identique que vous présentez les choses lorsque vous parlez des acquis sociaux... Mais continuons.



Mais selon une autre vision des choses, on pourrait aussi considérer tout simplement que le gain a été plus important, les salariés ayant perdu 50mn par jour. Ramené à 30.000 salariés cela représente 25.000 heures/jour. Sur un an cela représente près de 6 millions d'heures. Même pris au taux horaire du SMIC cela représente une économie de plus de 60 millions d'euros par an charges comprises.



Impossible pour moi de quantifier cela d'un point de vue financier de façon plus fine, mais le gain est déjà suffisamment parlant. Si maintenant nous ramenons cela au niveau de la disparition des fameux "petits" acquis des salariés pour lesquels il y aurait eu mesquinerie alors là je laisse le soin à d'autres de faire les calculs. C'est à dire à ajouter à cette somme les "quelques jours inutiles" pour raisons familiales et de retrancher, bien entendu, les jours "cadeau" (combien exactement pour le personnel non cadre, ce dernier ayant probablement fait le plein de 14) pour calculer une assiette au plus juste.





Mais je vous l'accorde : je suis mesquin, 60 millions d'euros étant une somme dérisoire, je vais donc revenir à des choses plus terre à terre. Précisons tout de même que ramenés au résultat d'exploitation cela représente plus de 12% de gains. Ce qui est loin d'être négligeable et il est sans doute plus diffcile d'augmenter les ventes suffisamment pour obtenir un ratio identique, n'est-ce pas ?



Resituons donc cette action dans le contexte de l'époque. 2001, Michelin enregistre des ventes (en volume) en baisses, une action qui dégringole en dessous de la barre des 25€ (alors qu'elle était à plus de 40€ en début d'année!), le climat social des 35 heures etc. Bref beaucoup de tensions et d'enjeux.

La capitalisation boursière réduite ainsi de moitié en quelques mois, cela représente quelques milliards d'euros... Des S/O qui brûlent les doigts, des cadres mécontents, des retraités étrangers qui se lamentent etc.

Il faut rassurer toutes ces personnes. Pour cela il faut faire passer des messages forts. L'un d’eux consiste à agiter le spectre de la délocalisation pour obtenir des concessions notables. Mission accomplie. A l'issue du référendum il est curieux de noter que le cours de l'action repartira à la hausse jusqu'à l'année suivante. Bon indicateur sur la perception positive quant à la gestion de la "crise" par les investisseurs.



Donc pour conclure, je suis bien d'accord avec vous. Finalement les 35 heures ont été de bons accords pour l'entreprise, sans doute pour l'encadrement, mais pas pour les ouvriers qui ont en parti payer l'ardoise. Mais comme je le disais au début de ce post, je ne suis pas salarié Michelin...



Non, après tous les éléments que je viens d'évoquer et qui sont facilement vérifiables par tout un chacun, je suis choqué par les propos que vous avez tenus dans l'article du Monde et votre réponse qui confirme ces derniers. Minimiser les acquis sociaux, le sacrifice réalisé par certaines catégories socioprofessionnelles, sous couvert d'un pseudo réalisme économique (argument de différenciation très cher au syndicat que vous représentez) ne me paraît pas être une bonne démarche de protection des salariés d'une façon générale. Tout au plus je la qualifierais d'opportunisme politique.



Les grandes sociétés sont des modèles pour tout un tas d’analystes, Bourse ou pas. Lorsque des progrès ou des régressions apparaissent dans certaines, les conséquences vont généralement bien au-delà des seules portes de l’entreprise qui en a été l’instigatrice.



Echange de bons procédés, c’est une coutume, je vous laisserai à mon tour une phrase à méditer. Elle est de Clarence Darrow : « L'employeur met son argent dans les affaires et l'ouvrier y met sa vie. Le second a tout autant le droit que le premier de diriger ces affaires. »



Salutations, bon courage pour la suite et sans rancune.



PS : Je ne suis encarté dans aucun syndicat, ni parti politique. Sous entendu je ne suis pas un frustré de la CGT par exemple... :)

Ecrit par : Fred | 28.06.2006

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